Rallumer des flammes d'espoir

J'ai vécu un dimanche spécial et je suis heureuse de vous le raconter. C'est long mais ça me met le coeur en joie d'offrir ce témoignage.

 

Hier j’ai entamé avec des collègues et amies une transmission de la CNV (Communication Non Violente) dans un centre pour femmes réfugiées.

 

Le thème du jour était « la gratitude ».

 

En m’y rendant, je craignais que ce ne soit pas si évident à transmettre à des femmes qui ont tout perdu et dont le futur est très incertain.

Mais cet atelier fut bien émouvant ! J’avais volontairement choisi et demandé de mélanger les femmes réfugiées (Syrie, Albanie, Congo, Burundi, Côte d’Ivoire, etc.) parlant déjà un peu le français, certains enfants de 8 à 10 ans et les membres de l’équipe d’encadrement de Caritas, dont des religieuses.

 

Après 20 minutes, et l’une après l’autre, les femmes réfugiées se sont mises à pleurer de gratitude vis-à-vis de l’équipe (et aussi l’une vis-à-vis de l’autre) et, comme elles l’exprimaient « façon CNV » : « Quand je pense à…, je me sens… et ça a satisfait mon besoin de… », ça amplifiait encore l’émotion générale qui se construisait peu à peu !

 

Plusieurs réfugiées ont partagé que l’accueil par l’équipe de Caritas était si attentif, si constant qu’elles se sentaient « en sécurité et comme en famille » et qu’elles regrettaient de ne pas parvenir à le dire davantage.

 

A un moment, une femme s’est adressée à une des religieuses en lui disant qu’avec elle, elle se sentait comme avec sa grand-mère. Et que les jours où la religieuse n’était pas là, tout était différent pour elle.

La religieuse, les yeux mouillés, est sortie de sa réserve pour dire ces quelques mots qui m’ont bouleversée : « Je suis touchée que vous me disiez ça, a-t-elle murmuré à la jeune réfugiée, je ne savais pas : je me sens si vieille… Je croyais que je ne servais plus à grand-chose ! »

 

D’autres femmes, en citant précisément ce que les membres de l’équipe faisaient concrètement pour elles, ont témoigné qu’elles étaient « soulagées, apaisées » parce qu’elles étaient considérées comme des êtres humains et qu’elles voyaient qu’elles comptaient aux yeux du personnel du centre et des bénévoles.

Certaines ont dit que sans un tel accueil elles n’auraient pas survécu…

D’autres encore se sont émerveillées du soutien reçu pour l’avancée de leur dossier d’intégration en Belgique.

 

Une Albanaise a même remercié et puis elle a exigé fermement de pouvoir demander pardon à l’équipe, parce qu’elle se sentait si mal depuis son arrivée qu’elle se repliait et ne communiquait plus qu’à minima, en se renfermant ou en étant maussade, tant elle était perdue et au bout du bout. Elle a dit qu’elle était bien triste de ne plus parvenir à sourire et l’a dit avec beaucoup d’amour, de larmes et d’émotions : que de beautés, puissantes à faire fondre n’importe quel mur glacé !

 

Toutes ces femmes étaient incertaines, gauches, émues… mais resplendissantes, rien que de parler depuis leur cœur, en exprimant leur vécu et les besoins satisfaits, grâce aux personnes et aux bénévoles du centre. Et cela fut dit, simplement, en dépit des difficultés de la langue étrangère.

 

Il faut ajouter qu’on m’avait annoncé que les réfugiées allaient probablement se taire parce qu’elles sont timides, malhabiles avec le français et que montrer ses émotions ne fait pas partie de leur culture, (alors à fortiori les décrire…), et aussi qu’elles allaient partir après une heure parce qu’elles ne « tenaient » pas plus leur concentration et leur attention, lors des ateliers de cuisine ou autre.

 

Visiblement, la CNV dénoue les langues et libère la chaleur des cœurs : ces femmes déracinées, sans mari ni famille, à l’exception de leurs enfants, ayant tout perdu ou presque, et ne sachant pas encore si elles seront acceptées ou pas dans leur demande d’asile en Belgique, ont exprimé avec noblesse et plein de courage leur reconnaissance.

 

Pas de faux semblants : seulement la pureté du cœur.

 

L’atelier a duré + de 2h30 et personne ne quittait la pièce. Je n’ai pas vu l’heure passer.

 

J’ai exhibé les dessins (en grand format) issus des petits cahiers que j’ai écrits chez mon éditeur (Jouvence) et c’était très parlant parce que tout à fait accessible à chaque nationalité, bien sûr !!!

 

Quelques enfants, blancs et noirs, allongés par terre, dessinaient au centre des 25 personnes assises en cercle.

Ces enfants étaient si calmes que je m’interrogeais sur ce qu’ils guettaient ou captaient des émotions de leurs mamans ; je les sentais légers et comme « intégrant en eux » la beauté des ressentis qui s’exprimaient. On aurait dit qu’ils avaient des myriades d’antennes dans le dos et que celles-ci captaient les bonnes ondes transmises. Je m’imaginais, sans avoir la réponse, que peut-être ils devaient être heureux de voir leurs mamans se considérer, s’exprimer, s’écouter et se parler avec bienveillance, au-delà des différences de culture, de religion etc. En effet, par exemple, souvent, les blancs ne côtoient pas les noirs etc. et des mamans imposent de temps à autre à leurs enfants de ne pas en côtoyer certains, en fonction de critères religieux, culturels, ethniques, etc.

 

Mais j’avais introduit l’atelier en commençant par dire qu’il est grand temps, si on veut vivre en paix sur cette planète, et même continuer à simplement y vivre, de se rejoindre tous, au delà de nos différences, dans un espace commun, une immense famille planétaire, un lieu qui nous rassemble, parce qu’il est commun à tous les humains : celui des besoins, rêves, aspirations, valeurs…

Ce lieu nous rassemble parce qu’on a tous les mêmes besoins, que l’on soit Esquimau, Indien, Français, Russe, Musulman, Juif, Espagnol : on a tous besoin de sécurité, d’amour, de manger, boire, dormir, être reconnu, aimé, de contribuer à la beauté du monde, de donner un sens à sa vie, etc.

 

Le lieu des besoins nous rassemble dans le même espace profondément humain.

 

Dessin à l’appui (une coupe transversale de la planète avec, à sa surface, plein d’humains aux multiples apparences et lieux de vie, et, en son centre, la nappe phréatique comme métaphore de nos besoins communs), ça a eu un impact évident sur l’ambiance de la salle… On ne se voyait plus comme musulman ou pas, comme « cochon noir » ou « cochon blanc » etc. mais comme des êtres humains, quelque peu frères et sœurs parce qu’habités des mêmes aspirations.

 

A la fin, une des petites filles (la petite fille de l’Albanaise qui, très sincère, avait exigé de demander pardon) est venue m’offrir un dessin avec un joli cœur, haut en couleurs, contenant des personnes souriantes se regardant en confiance.

 

Ce cœur était pétillant à souhait. Je l’ai reçu profondément dans le mien !

 

Le lendemain, alors que j’échangeais avec une des responsables du centre et lui exprimais que je pressentais que les enfants avaient « bu » ce qui se passait et se guérissaient par l’énergie d’amour entre les adultes et que je lui demandais si elle avait perçu la même chose, elle m’a appris que cette petite fille, depuis son arrivée, ne dessinait que des cœurs brisés et gris, mais jamais de cœurs en entier et colorés.

 

En me racontant ça, la responsable me confiait qu’elle était encore remuée aujourd’hui.

 

Marshall Rosenberg disait que : Si on était en lien avec la Vie, on passerait 24h à rire et à pleurer.

Hier, dans ce centre, dans ces femmes, j’ai vu beaucoup de Vie, au sein-même de la détresse.

 

Quelle leçon, quel exemple. Merci à ces femmes !!!

 

La vie est si puissante qu’elle trouve toujours le moyen de se remanifester, si on lui en donne l’occasion.

 

 

Je chérirai précieusement le dessin de cette petite Albanaise, comme témoin de la puissance de la CNV quand elle est vécue à plein cœur.

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Commentaires : 2
  • #1

    Françoise Bernard (lundi, 06 juin 2016 21:38)

    Merci infiniment. à l'aube de démarrer mon apprentissage de la CNV, je suis profondément touchée et émue de votre récit. Sentiment d'avoir entendu ce que vous avez entendu, partagé ce que vous avez partagé, ouvert mon cœur à ses femmes et à ces enfants qui ouvraient le leur. Encore un immense merci.

  • #2

    frédérique (mercredi, 23 novembre 2016 20:07)

    Quelle beauté! que ça nourrit mon coeur en profondeur !! Merci infiniment pour ce partage de diamants d'eau vive...