Communication NonViolente® avec des enfants dits "difficiles" 

Ce texte a été inspiré par des questions que m’ont posées des professeurs lors d’une formation en CNV. Il est dédié aux personnes qui, dans l’éducation, dans l’enseignement ou dans l’enseignement spécial ont à s’occuper d’enfants considérés comme « difficiles ». Mais, par extension, ces réflexions s’adressent à quiconque a du mal à gérer certaines relations.

Comment gérer des comportements difficiles et que faire pour apaiser un enfant en crise ? (boudeur, angoissé, agressif, qui crie, mord, refuse de parler…) ? Que faire quand un non déclenche une crise ?
 
1) Tout d’abord : se préserver et s’écouter (en Communication NonViolente (CNV),  il y a une pratique puissante et très précise qu'on 'appelle auto-empathie et dans laquelle on écoute son vécu et ses aspirations profondes), afin de tenir la durée, de ne pas créer d’ « image d’ennemi » et de rester centré en soi, sans aspirer au miracle immédiat ! Le miracle se construit peu à peu, en trouvant en soi un espace de calme et de compassion,  espace qui aide chacun à soutenir un enfant qui est en crise à se connaître, à s’exprimer, à s’apprécier et à apprendre à faire des demandes.

Pour cela, le professeur doit idéalement pouvoir maîtriser ces aptitudes pour lui-même ; un enfant qui parvient à exprimer son vécu et qui sent que ses besoins comptent va naturellement se calmer peu à peu dans la majorité des cas.
2) Le but de la CNV consiste à aider les enseignants à se préserver et à se redynamiser grâce à l’écoute profonde de soi (un entraînement à cette écoute de soi se fait hors situation de défi !) et ensuite ils pourront apprendre l’empathie (écoute de l’autre) et l’expression assertive de soi (= sans jugement ni critique) qui, en créant des rapports très humains, aplanissent bien des difficultés…

En CNV, on ne voit pas les choses sous l'angle "enfant difficile". On envisage tout comportement étiqueté de violent ou de difficile comme le signe de l’impuissance et/ou du désespoir de quelqu’un qui soit n’a pas les mots, soit pense que ses mots ne suffisent plus à se faire entendre. On garde donc présent à l’esprit la conviction qu’une personne violente le devient le plus souvent parce qu’elle vit des sentiments désagréables et a des besoins insatisfaits. Quand on se relie à ceux-ci et qu’on les reconnaît, la violence tend à se réduire.
Il est capital de créer avec les enfants dits « difficiles » une connexion et un climat de confiance qui peu à peu les amèneront à dire leurs états d’âme au lieu d’agir ceux-ci.

Récemment, j'entendais l'histoire suivante, racontée par une institutrice de primaire: chaque jour, les enfants de sa classe sont invités à tirer dans un jeu d'images une carte illustrant leur sentiment du moment. Ils aiment cette pratique.

Et ce qui est magnifique, c'est que cette institutrice a remarqué que, quand il y a au sein de la classe un vécu difficile, ce sont les enfants eux-mêmes qui demandent à la maîtresse de pouvoir tirer les cartes !
Ils savent déjà que le fait de nommer et d'accueillir leur vécu soulage les peines !  
Les deux bonnes nouvelles sont que :
1) Ce qui désamorce la violence et adoucit les souffrances chez les êtres humains, c’est quand on tente de les comprendre au niveau de ce qui est le plus important pour eux : ce qu’ils ressentent (leurs sensations, leurs émotions et leurs sentiments) et ce qui donne du sens à leur vie : leurs besoins… Ainsi, quand quelqu’un reçoit de la compréhension pour son vécu et ses aspirations, ses défenses s’abaissent, sa confiance remonte et sa bonne volonté se remet en route !
2)   Un besoin a plus besoin d’être reconnu qu’assouvi ! Cela signifie que si je reconnais le besoin de mon interlocuteur, cela l’apaise déjà !

 

Comment garder mon sang froid face à un enfant qui provoque ?
=> La première étape consiste à créer un climat serein en soi ! Comment faire régner la paix à l’extérieur si nous ne la vivons pas à l’intérieur ?
=> la deuxième est de se souvenir que l’enfant qui provoque est un être humain avec des sentiments et des besoins ; si on parvient à se le rappeler avant d’escalader ou de chercher une solution, ça va déjà apaiser la situation.

Dans toute situation complexe à gérer : nous avons une trousse à outils à développer : l’auto-empathie ou écoute profonde de soi, l’empathie ou écoute de l’autre et l’assertivité ou affirmation de soi.
Et, cerise sur le gâteau, la gratitude sincère (ou appréciation positive) va construire la confiance intra et interpersonnelle et ainsi, elle aidera petit à petit à réduire la fréquence des difficultés sur le long terme.
Souvent, une empathie authentique va calmer un enfant, même si parfois, dans un 1° temps, elle pourra avoir l’air de l’aggraver : c’est le signe que l’enfant a un sac de détresse à vider et qu’il commence à le faire parce qu’il reçoit une écoute bienveillante. A ce moment, si c'est possible, il est bon d’écouter couche par couche la peine, la détresse qui jaillit. Car, quand on touche le fond de sa souffrance sans être jugé, réprimandé, critiqué, nié ou banalisé, on retrouve peu à peu le calme parce qu’on se sent pleinement accueilli. Cette écoute-là est guérisseuse car elle permet à chacun de reconnecter sa confiance en lui et sa sagesse.

 

Quels  sont les gestes et les comportements qui  pourront nous aider en tant qu’enseignant ?

L’auto-empathie nous fortifie, nous clarifie et nous soigne. L’assertivité nous affirme et nous transforme, l’empathie apaise celui qui la reçoit et ouvre les cœurs. La gratitude sincère crée de la confiance et nourrit les relations. J’ai écrit plusieurs petits cahiers d’exercices qui détaillent comment développer toutes ces aptitudes humanistes.

 

Comment garder ou retrouver ma patience ?
Etre en auto-empathie « de secours » et ensuite, dès que possible, me relier aux sentiments et aux besoins des enfants.

Comment faire dans des populations à cultures diverses ? Heureusement, les besoins sont universels ; chaque être humain a besoin d’amour, de tolérance, de soins, de sentir qu’il compte, de réaliser son potentiel etc. Le miracle est que le simple fait de me relier aux besoins de quelqu’un aplanit les difficultés, même liées à des différences culturelles. Seule la forme d’expression change d’une culture à l’autre, mais le fond humain reste le même, quelle que soit la culture.

 

Comment faire avec enfant qui ne communique pas ou n’a pas de mots ? Qui se mutile ?
On ne peut pas ne pas communiquer. Un enfant « qui se mutile ou ne parle pas » a des sentiments et des besoins qu’il ne parvient pas à exprimer : peut-être a-t-il un besoin de se sentir vivant (mutilation)  de se protéger, de s’épargner (mutisme) ? Et aussi de se connaître, de s'apprécier et d’apprendre à se dire ? Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on n’a pas d’émotions, de sentiments et d’aspirations !

Ne pas parler est une forme de communication pour qui s’efforce d’écouter au-delà des mots.
Nommer les sentiments et les besoins qu’on pense que quelqu’un ressent peut-être, peut l’aider peu à peu à se connaître et à s’ouvrir en confiance.

La violence est le signe de l’impuissance de quelqu’un qui pense que ses mots ne suffisent pas pour se faire entendre, alors il agresse ou il s’agresse !

 

Comment apprendre à un enfant à se gérer lui-même ?
Les images de sentiments et de besoins (citées plus haut) donnent petit à petit aux enfants la conscience d’eux-mêmes et de leur vécu. De plus en plus de professeurs commencent la journée en faisant passer parmi les élèves ces cartes de sentiments et de besoins.

 

Dans l’urgence, que faire si une crise se produit ?
Auto-empathie suivie d’empathie venant de mon cœur car tout se sent ! L’enfant sait le plus souvent qu’il va au-delà des limites. A ce moment, si je me dis : «  Cet enfant est un problème, que c’est pénible etc. », si je me fais donc de lui une image d’ennemi, je vais perdre patience plus vite, car je suis remonté dans ma tête et je juge… Alors, l’enfant va sentir à la fois qu’il a dépassé une limite et percevoir, à un certain niveau qu’il a « mal agi » (cette pensée n’est pas de la CNV !) => A ce moment, il risque de se sentir encore plus tendu et d’accroître sa crise… Dès lors, il est capital, tout en se faisant respecter, de tenter de voir « la beauté » en lui et en moi : la beauté, ce sont les sentiments et besoins de chacun, au-delà des actes ; cela va apaiser le climat, même si je ne dis pas un mot.

Le problème ne réside jamais au niveau des sentiments et des besoins ; il réside au niveau de la stratégie, c’est-à-dire des actes posés pour satisfaire des besoins.

 

Comment ne pas se sentir coupable des réactions de l’enfant ?
Vous n’êtes pas responsable des actions, des sentiments et des besoins d’autrui !
Vous êtes seulement responsable de 3 aspects : vos intentions, vos actions et vos réactions aux actions d’autrui


  1. Vos intentions : c'est très différent de punir en montrant à l’élève qu’il a "mal fait"… ou de faire usage protecteur de sa force pour protéger un groupe en respectant les besoins de tout un chacun.

  2. Vos actions au service de vos intentions : ce que vous faites concrètement dans la situation pour tenter de satisfaire les sentiments et besoins de chacun. Et pour cela, il faut les connaître !

  3. Vos réactions aux actions d’autrui, (= vos propres sentiments, besoins et actions), car ceux-ci sont sous votre contrôle.

 Que faire ? Punir, isoler, élever la voix ?
L’essentiel est de mettre mon énergie POUR et pas CONTRE et d’utiliser la force dans l’intention de protéger un contexte ou des personnes et pas de punir !!!
Et aussi de le dire clairement : « Je te mets à l’écart parce que j’ai besoin de calme pour enseigner. Ce n’est pas contre toi, tu as le droit d’être énervé, ça fait partie de la vie, et tes copains ont le droit de continuer à suivre le cours. »
Chaque fois que je décide de punir un certain comportement, c’est parce que j’ai une pensée que l’autre a mal fait ou est mauvais…
Donc, en cas de crise difficile à gérer, il est important de maintenir fermement mon intention de protéger, plutôt que d’être dans une énergie de punition.
Sans oublier que l’énergie de punition risquera de culpabiliser l’enfant, ce qui peut éventuellement augmenter ses tensions et donc son agressivité…
Par contre, la reconnaissance des besoins de quelqu’un qui s’emporte, (ce qui n’a rien à voir avec être d’accord ou avec assouvir ces besoins !!!), apaise la colère ou l’agressivité parce qu’elle rejoint l’être humain dans ce qu’il a d’essentiel, à savoir : ce qui compte pour lui et qui est la racine de sa colère : ses besoins insatisfaits !

Ne faisons donc pas comme le professeur qui punit un enfant de 12 ans en le tapant parce que celui-ci vient de taper sur un petit de 8 ans. Le professeur donne sa fessée et dit en même temps, sans même s’apercevoir de l’énormité de sa phrase : « Ca t’apprendra à  ne pas taper  sur un plus petit que toi ! »

 

Que faire face au peu de temps que ça prend pour que certains enfants s’emballent ?
Développer l’art de se relier à soi en aussi peu de temps ; accueillir ses propres sentiments et ses besoins, sinon on risque d’avoir très vite des images d’ennemis et d’être « CONTRE la situation » qu’on s’efforce de gérer au lieu de mettre son énergie à repérer les sentiments et besoins de chacun.

 

Que faire face à des enfants qui, entre eux, veulent avoir le dernier mot ?
La médiation CNV consiste à écouter les vécus et les besoins de chaque enfant.
Partout dans le monde (Serbie, Croatie, Palestine, France...) il y a des écoles où des enfants médiateurs gèrent les conflits entre jeunes par l’écoute des sentiments et des besoins de chacun. Mais pour cela il faut avoir été formé à La CNV pendant plusieurs journées de pratique.

Comment faire quand j’ai plusieurs problèmes à gérer en même temps ?
Auto-empathie, auto appréciation, tolérance pour mes limites et modestie : je fais du mieux que je peux !

et aussi se souvenir de l’importance de la solidarité entre collègues ainsi que développer une communication bienveillante et claire avec les parents !!!

 

A chaque fois que je me plante, je pousse… Bonne route vers vous-m’aime… grâce à l’auto-empathie.

 

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